"L'espace est pour moi une drogue"
Nicolas Bouvier
Depuis mon arrivée en terre bordelaise il y a quelques mois de cela, je me suis découvert une véritable passion : la marche à pied. Marcher, c'est un peu comme écrire pour moi : je pourrais y passer des heures. J'aime bien marcher sans avoir de but précis, sans avoir de destination finale. Souvent, je pars avec un itinéraire tout tracé, que je case quelque part dans un coin de ma tête, mais il est rare que je le respecte à la lettre, puisque je me laisse bien souvent charmer par une quelconque ruelle ou par une quelconque impasse.
Marcher pour aller quelque part, marcher pour aller voir quelqu'un, c'est marcher par nécessité, voire par obligation, au risque de tricher et de monter dans le premier bus qui passe ou de se dépêcher pour ne pas rater le tramway-le métro et j'en passe. Je marche quotidiennement pour me rendre ici ou là, faire deux ou trois achats, mais pour moi marcher de cette manière, ce n'est pas vraiment marcher...
Qu'est-ce que marcher, alors ? Marcher m'est très agréable, ça permet de me vider l'esprit, de ne penser à rien et en même temps de réfléchir à plein de choses, ça me permet de prendre des choix inconsciemment et de faire le point sur moi-même. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse un beau et grand soleil, j'aime me retrouver seule avec moi-même au beau milieu d'un endroit : je marche rapidement, en faisant de grandes enjambées, ce n'est pas une balade, ce n'est pas une promenade de santé, mais c'est une marche dynamique, rapide et rythmée. Au fur et à mesure que je marche, j'avance de plus en plus vite, je me sens de mieux en mieux, et je n'ai qu'une envie : continuer de marcher, sans me soucier de l'heure qu'il est, sans voir le temps passer...
Forcément, en marchant, surtout en ville, je me retrouve très rapidement entourée de plusieurs personnes, bien souvent des touristes en cette saison. Alors, ni une ni deux, j'esquive tous ces passants et je me retire discrètement de la rue Sainte-Catherine (la rue la plus longue d'Europe s'il vous plaît !) pour aller côtoyer toutes les petites ruelles qui me sont désormais familières et qui guident mes pas jusqu'à la Place Saint-Pierre, celle du Parlement et puis celle de la Bourse : me voilà sur les quais ! A chaque fois que je passe dans l'une de ces ruelles, que je traverse l'une de ces places, j'en profite pour observer rapidement les quelques détails qui m'auraient échappés : c'est toujours agréable de ne pas se lasser d'un endroit, et d'être à chaque fois un peu plus charmé par l'un de ses attraits.
Bordeaux est une grande ville, mais dès que j'ai besoin d'une touche de nature, direction le Jardin Public ou le Parc Bordelais : entourée d'une flopée d'arbres, marchant sur la pelouse, observant les canards, les cygnes et les dindons, j'ai, l'espace d'un instant, l'impression d'être en pleine campagne. Quand je vais marcher pour marcher, j'aime bien faire tout à pied, de A à Z comme on dit, du départ à l'arrivée, alors forcément je marche essentiellement en ville, mais mieux vaut ça que d'être conditionné durant plusieurs minutes dans un bus ou dans la rame d'un tramway à l'aller et au retour pour se rendre à l'endroit où l'on aimerait marcher.
Certaines personnes ne comprennent pas comment je peux aller marcher trois à quatre heures d'affilée, comme ça, rien que pour avoir le plaisir de marcher : pour moi, ce n'est en aucun cas une perte de temps, puisqu'à chaque fois que je marche pendant une durée aussi importante, quelque chose travaille en moi et je ressors de ma "randonnée urbaine" revigorée, pouvant marcher encore et encore...
Il y a peu de temps de cela, j'ai regardé, sur les conseils de ma "coloc' estivale", un très beau documentaire de Patricia Plattner sur Nicolas Bouvier, célèbre écrivain, photographe et voyageur suisse, intitulé Le hibou et la baleine, qui reprend le titre de l'un de ses récits de voyage. Après avoir visionné ce film, je suis restée bouche bée pendant plusieurs minutes, pendant même plusieurs jours je pense en fait : cet homme a passé la quasi totalité de sa vie à marcher-voyager-errer à peu près sur toute la planète, faisant partager ses émotions en couchant sur papier le récit de ses multiples voyages.
En plus de m'avoir donné envie de lire ce qu'a écrit Nicolas Bouvier, ce film m'a donné envie d'imiter le voyageur et l'écrivain qu'il a été, car comme il l'a dit lui-même rien n'est plus beau et plus formateur que de se réveiller le matin sans savoir où l'on dormira le soir-même, sans savoir à quels paysages on sera confronté, etc. Et puis, mettre par écrit tout cela permet également de prendre conscience du voyage accompli, des kilomètres parcourus et des "photos-souvenirs" prises quotidiennement. Sa vie a du être des plus enrichissantes et des plus humaines, c'est moi qui vous le dis !
Allez, je suis motivée, alors je vais vous parler d'un autre film qui m'a bien fait réfléchir et qui m'a également donné envie de... marcher (ça vous étonne ?). Saint-Jacques... La Mecque, film de Coline Serreau, vous connaissez ? Depuis sa sortie sur grand écran, en 2004, je connaissais ce film de nom uniquement, et je n'avais pas eu l'occasion de le voir jusqu'à présent. Alors, forcément, lorsqu'en me rendant chez une amie, je le découvre dans sa super DVDthèque (petite dédicace à Jean-Mi le salsifi : http://labiblidejeanmi.over-blog.com), il est hors de question de le laisser prendre la poussière sur l'étagère. Quelques jours plus tard, je suis fin prête à le regarder... et je ne regrette absolument pas d'avoir emprunté ce film plutôt qu'un autre ce jour là. J'avais l'impression d'être aux côtés des personnages, de partager leurs rêves, leurs émotions et leurs motivations, d'être également face à de somptueux paysages tout au long du voyage (à pied, je précise !), le tout étant agrémenté d'une très jolie bande son. Une fois le film terminé, les personnages rentrés chez eux (en car cette fois-ci !), je suis allée marcher pendant près de quatre heures (le Tour de France passait à ce moment-là dans Bordeaux, alors quelle joie de ne croiser aucune voiture ou presque !). Ce film fait désormais partie de ma DVDthèque, et il n'aura pas le temps de prendre la poussière...
Je marche aussi à la campagne, mais pour l'instant je me contente de la bien sympathique ville qu'est Bordeaux !
«Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.», Nicolas Bouvier
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